Votre navigateur Internet Explorer n’est plus supporté par ce site.
Nous vous recommandons d’utiliser un autre navigateur.

Le Blog de L’Adresse

Retour

Utilisation et enrichissement de la Base Adresse Nationale : le SDIS64

Publié par Sophie le 16/11/2021

Depuis qu’il utilise les adresses, le Service départemental d’incendie et de secours des Pyrénées Atlantiques a amélioré la précision de la prise d’appels de secours. Son service d’information géographique intègre la Base Adresse Nationale, vérifie les concordances avec ses propres informations issues notamment du terrain, et transmet aux communes et agglomérations les signalements. Objectif : améliorer encore l’arrivée des secours et partager les modifications des adresses à l’ensemble des ré-utilisateurs de la BAN. Adrien Carpentier, chef du service SIG du SDIS64, détaille ce circuit vertueux.

Le service SIG du SDIS64 est actuellement le seul utilisateur de la BAN à nous adresser des retours et commentaires sur les adresses et à alerter les communes. Il est très intéressant de montrer la démarche que vous avez initiée. Tout d’abord, quelle est votre expérience sur l’adresse ?

Adrien Carpentier : je m’intéresse aux adresses de longue date, dans mes précédents postes d’abord en tant que géomaticien à la mairie de Lille puis à la Région Nord-Pas-de-Calais où j’étais l’un des coordinateurs du groupe de travail sur l’adresse de la plateforme régionale PPIGE. Ce groupe régional réunissait les responsables de l’adresse de différentes Collectivités Territoriales et les SDIS régionaux sur ce sujet. Cela m’a conduit à participer au groupe de travail national adresse du GT SIG-Topo de l’AITF1 qui a proposé la nomenclature de la première version du format Base Adresse Locale (v1 parue en février 2016).

Le SDIS gère une base de voies et de tronçons, ainsi qu’une base de lieux régulièrement mise à jour par les techniciens de mon équipe. Nous échangeons avec l’IGN pour comparer et faire converger nos données avec celles de la BD TOPO®, mais aussi pour bénéficier de leurs actualisations et leur transmettre les changements détectés localement. Nous avons de multiples sources, (communes, sociétés fermières…) mais nous fonctionnons surtout avec les remontées de terrain des pompiers que nous tenons ici à remercier pour ce travail de fourmis au quotidien.

Ce fonctionnement remonte à la création du service SIG du SDIS en 2009 et au choix d’alimenter notre logiciel d’alerte (Start de la société SYSTEL) avec les données gérées dans le SIG comme base de référence unique.

En octobre 2019, nous avons organisé une rencontre de travail des géomaticiens locaux, animée par le service SIG du Département des Pyrénées Atlantiques. Celui-ci se réunit en moyenne une fois par an sur diverses thématiques en lien avec nos métiers. Le SDIS des Landes nous a alors démontré le gain de qualité qu’ils ont fait en passant de la prise d’appel au tronçon de voie à l’adresse.

À la suite de l’ouverture des données de l’IGN en janvier 2021, le SIG du SDIS 64 a décidé de s’engager plus avant dans la réutilisation de la BAN, pariant sur une convergence des bases d’Etalab et de l’IGN. Six mois à peine après le début de l’utilisation de la Base Adresse Nationale dans nos bases, le constat est clair : par défaut, au moins 80 % de la BAN est de qualité et correspond à nos propres bases. Une partie des discordances constatées avec la BAN étant des adresses multi-lingues, nous estimons que la qualité doit même être encore meilleure dans des territoires où les adresses sont libellées en une seule langue.

Je suis intervenu avec un de mes collègues en octobre lors de la conférence ESRI afin de montrer à d’autres utilisateurs potentiels tout l’intérêt de choisir d’utiliser les adresses de la Base Adresse Nationale comme base de référence.

Pourquoi utilisez-vous les adresses ?

Adrien Carpentier : le gain de précision constitue le principal apport. Lors de la prise de l’appel au 18, l’opérateur localisait une intervention sur un tronçon de quelques dizaines de mètres (voire quelques kilomètres sur une départementale par exemple). Nous passons désormais à une intervention que l’on peut localiser à l’entrée du bâtiment. Nous les incitions dans la mesure du possible à prendre plutôt une intervention sur un lieu plutôt que sur un tronçon pour améliorer la précision. Désormais, la précision est bien meilleure, que l’on choisisse un lieu ou une adresse.

Nous fonctionnons aussi avec un carroyage de 400 mètres (en lien avec le carroyage 2km de la DFCI), ce qui posait parfois problème lorsque l’on prenait une intervention sur un tronçon de voie s’étendant sur plusieurs carreaux : le carreau sélectionné avec le tronçon peut parfois être assez éloigné du lieu réel de l’intervention, celui-ci servant de guidage pour les véhicules. Avant d’utiliser les adresses, nous avions l’habitude d’envoyer les secours au début du tronçon pour une intervention susceptible de se situer à plusieurs carreaux de distance si la route zigzaguait ou sans autre précision de localisation. Désormais, nous mobilisons la BAN pour que les secours arrivent plus vite, plus précisément. Et en cas d’incendie nous utilisons mieux la disponibilité de la ressource en eau car elle est calculée autour du lieu précis de l’intervention.

Lors de la prise d’appel, l’opérateur choisit la localisation dans une base de données mise à jour par le SIG avec une liste déroulante de communes, et par commune, une liste de voies, enfin une liste de tronçons. La principale difficulté que nous avons rencontrée était de rapprocher les adresses associées à une voie d’une part et le système que nous utilisons (tronçons et voies) sans identifiant commun. Visuel SDIS64.

Comment utilisez-vous les adresses ?

Adrien Carpentier : nous récupérons auprès des mairies (ou leurs agglos : CA Pays Basque, CCLO, APGL64… ) des fichiers adresses de tous types (tableurs, plans, pdf., fichiers texte…). Souvent gérées par un-e adjoint-e à l’urbanisme ou le secrétaire de mairie, ces bases adresses ne suivent pas toujours le modèle minimal de données, ne sont pas toujours mutualisées, sont de qualité variable et sont plus ou moins facilement réutilisables.

Nous recevons aussi des adresses via PIGMA, la plateforme d’échange de données en Nouvelle Aquitaine à qui les communes envoient directement des fichiers d’adresses dans un document. J’ignore si ces adresses sont mutualisées, certaines ne figurent peut-être pas encore dans la Base Adresse Nationale de par leur format de transfert (pdf par exemple). La difficulté est d’harmoniser ces données afin de créer une base fiable.

Depuis le début de l’année, nous avons récupéré les bases adresses d’environ 250 communes, afin de comparer, vérifier et mettre à jour nos données.

Nous téléchargeons dans la Base Adresse Nationale depuis le site adresse.data.gouv.fr les adresses diffusées par département. Nous avons effectué notre premier import de la BAN en mars 2021 avec comme unique élément de jointure le nom de la voie. Il suffit que des tirets, des abréviations, des accents soient présents ou pas, pour que la première jointure ne fonctionne pas. Les fautes typographiques génèrent de nombreuses erreurs, le tout dans un contexte où les communes créent en masse des adresses de type « numérue » afin d’accéder à la fibre, générant un besoin de contrôle (et de mise à jour) important.

Nous utilisons ensuite un rapprochement géographiques des objets (adresse) sur nos voies.

Une fois ce premier rapprochement effectué, nous intégrons l’ID FANTOIR de la voie afin de pouvoir réaliser plus facilement les mises à jour, mais aussi de récupérer les numéros d’adresse situés en limite de croisement et que le rapprochement spatial a affectés au mauvais tronçon.

Que faites-vous lorsque vous constatez une divergence par rapport à vos adresses ?

Adrien Carpentier : si c’est une erreur chez nous, nous corrigeons immédiatement, sinon, nous contactons les communes, ce qui à l’échelle du département ne concerne « que » 563 contacts pour leur demander de confirmer la bonne écriture du nom de voie entre celle de la BAN, celle du panneau et celle de notre base. Selon leur réponse, nous leur demandons de mettre à jour la BAN, de corriger le panneau ou nous mettons à jour notre propre base.

À l’échelle de la France, l’opération serait à renouveler près de 35 000 fois pour réussir à recueillir la validation de chacune des communes, d’où la complexité qu’à toujours été la constitution de cette base adresse au niveau national. Car ce sont bien les communes qui ont la compétence pour gérer et dénommer voies et adresses sur leur territoire.

Voici un exemple de divergence : le panneau indique « Allée du professeur Henri GAVEL » alors que la base adresse de la commune : ALL DU PROF HENRI GAVEL. La Base Adresse Nationale précise comme source des adresses la commune, il s’agit d’une Base Adresse Locale. La commune a transmis « ALL DU PROF » et lorsque nous rapprochons les bases à partir du texte, une discordance se produit que nous devons résoudre manuellement.

Source : Adrien Carpentier

Même dans les communes où des géomaticiens sont en charge de l’adresse, la rigueur n’est pas toujours parfaite, car ils ne sont pas forcément informés par le service urbanisme qui a pris l’arrêté… Dans ce cas précis, nous avons rapporté l’anomalie à la commune en mars 2021. En octobre, la correction n’est malheureusement pas encore remontée dans la Base Adresse Nationale.

Nous atteignons ici la limite de nos actions : nous avons détecté une erreur et informé le producteur. S’il ne prend pas le temps de corriger le libellé, nous ne pouvons pas faire mieux, notre base est à jour et en avance sur la BAN. À l’inverse, d’autres communes adoptent une démarche vertueuse, comme Lescar, qui a corrigé toutes les discordances que nous leur avions signalées en un mois. Pour cette commune, nous pouvons récupérer une donnée mise à jour qui est parfaitement en correspondance avec notre propre base et tous les réutilisateurs de la BAN en bénéficient également.

Le validateur se renforce et les adresses tronquées et en majuscules seront signalées : elles ne correspondent pas au format demandé.

À quoi ressemblent vos données ?

Adrien Carpentier : le SIG administratif développé sous ESRI nous permet de gérer les adresses, avec des plans et des procédures spécifiques pour les lieux remarquables. Nous publions sur une carte Web toutes les informations de localisations que nous collectons comme les maisons de retraites, les écoles, administrations, etc.

Capture d’écran de la carte Web du SDIS 64 centrée sur Pau. Le carroyage et l’indication des lieux sont visibles.

Toutes les données que nous gérons sont visibles sur cette carto. Une ou deux fois par mois (selon les données), nous effectuons un versement de nos mises à jour dans le SIG de l’alerte. Tout est mis à jour. À 15 jours près, nous retrouvons les mêmes informations dans le SIG de gestion, sur le portail web et dans le SIG alerte destiné aux prises d’intervention. La chaîne de traitement est unique et nous la maîtrisons dans son entièreté.

Déroulement schématique du processus d’intégration et de mise à jour. Source : Frédéric Bibian

Pouvez-vous nous décrire les principales étapes de votre chaîne de traitement ?

Adrien Carpentier : nous réalisons un téléchargement manuel à la demande des adresses de la Base Adresse Nationale. Nous avons développé un petit script qui permet de retirer les tirets, les doubles-espaces afin de limiter au mieux les caractères susceptibles de différer. Nous effectuons le même travail de rapprochement sur les voies, en fonctionnant par proximité lorsque les résultats ne jointent pas. Si tout semble cohérent, nous remplaçons la base. Nous effectuons des tests pour vérifier que nous parvenons bien à prendre une intervention sur une adresse détectée comme nouvelle. Nous essayons d’automatiser le plus possible la chaîne de traitement.

Une intervention sur le Boulevard de la Paix. La plupart des tronçons disposent de numéros, mais pas tous :

Exemple de guidage sans adresse. Source : Adrien Carpentier

Exemple de guidage en utilisant l’adresse : en utilisant l’adresse, la localisation se positionne à l’entrée du bâtiment.

Exemple de guidage sur une adresse. Source : Adrien Carpentier

Nous incitons les opérateurs à renseigner un lieu comme la mairie, l’école, etc. ou une adresse. Le bulletin quotidien que le Centre de traitement de l’alerte (CTA) du SDIS transmet chaque jour aux autorités montre que la prise d’appel sur une adresse est de plus en plus fréquente.

Vous avez mis en place un cercle vertueux

Adrien Carpentier : c’est la démonstration que je voulais faire. Nous nous approprions la Base Adresse Nationale afin qu’elle devienne véritablement la base unique de référence de l’adresse en France. Nous l’utilisons, montrons qu’il est possible de l’utiliser et entendons la faire adopter au fur et à mesure des renouvellements de marchés, par exemple dans les logiciels de gestion des ressources humaines, la gestion de flotte, etc.

Nous aidons à l’améliorer pour que cela profite à tout le monde. Inversement, nous bénéficions des remontées et mises à jour faites par d’autres.

À terme, nous aimerions vérifier que les clauses des marchés passés par d’autres services prévoient bien l’utilisation de la Base Adresse Nationale pour poursuivre le cercle vertueux.

Des utilisateurs comme le SDIS font remonter les modifications aux communes ou à leurs agglomérations. Les communes tranchent, corrigent, etc. et envoient l’information dans la BAN afin que tous les utilisateurs récupèrent les mises à jour. Source: Adrien Carpentier

Quelles sont les perspectives ?

Adrien Carpentier : le SDIS défend une dizaine de communes de départements limitrophes (le Gers, les Landes et les Hautes-Pyrénées), en plus des Pyrénées-Atlantiques. Nous devons créer une base adresse départementale et élargir le processus de vérification, par exemple à Tarnos, importante commune touristique des Landes.

Nous allons continuer à travailler avec Etalab, l’IGN, les communes et agglomérations productrices de données et résoudre le problème linguistique. La seule solution envisageable est d’ajouter l’ID FANTOIR dans nos données et de réaliser le lien dans notre base adresse-tronçon-voie dans l’attente de la mise à jour d’une Base Adresse Nationale en plusieurs langues (nouvelle version 1.3 du standard de l’AITF en cours de validation à ce sujet). Nous comptons achever l’automatisation de ce processus dont les scripts restent encore assez longs. Nous prévoyons un petit développement en Python pour rendre l’opération plus régulière, quitte à télécharger automatiquement une fois par mois la Base Adresse Nationale et à lancer les calculs le week-end pour vérifier les résultats le lundi. En tout cas, nous sommes vraiment très satisfaits du grand progrès de qualité franchi lors de la prise d’appel depuis que nous utilisons les adresses.

Quels conseils donneriez-vous aux communes pour que les secours arrivent mieux ?

Adrien Carpentier : il est préférable de disposer d’adresses métriques dans les zones rurales. Dans la mesure du possible éviter les compléments (Bis, Ter par exemple) tout en conservant les pairs d’un côté et impairs en face. Attention toutefois aux doublons qui peuvent subsister dans des hameaux ou suite à des fusions de communes. Il y a plusieurs années, un opérateur avait pris une intervention dans une voie dénommée de la même manière qu’une autre, les deux voies étant localisées dans des hameaux différents qui n’étaient pas précisés. Les pompiers n’étaient pas arrivés au bon endroit et la victime n’avait pas pu être sauvée.

Les difficultés se posent également pour des noms de voies très proches qui diffèrent quant à leur type. Il existe par exemple sur une commune un Chemin de Batan et une voie privée Clos du Batan qui ne sont pas du tout localisés dans le même secteur de la commune. En cas d’urgence, si la personne indique « Rue de Batan », où faut-il se rendre ?

Un autre exemple de difficulté concerne la continuité entre les communes. La « Rue Thimonier » (avec un seul « n ») d’une commune traverse la limite avec la commune voisine et de ce côté, le panneau dit « Rue « Avenue Barthélémy Thimonnier ». Il est intéressant de rechercher une cohérence sur la continuité des voies entre deux communes : mieux vaut changer totalement de nom ou choisir exactement le même.

Dernier exemple, il est également préférable de nommer les petits tronçons privés pour éviter les erreurs. Ainsi une impasse située au 48 Boulevard Charles de Gaulle, voit les trois premières maisons dénommées en 48, 48 Bis, puis 48 Ter et derrière se construire quatre nouvelles maisons : démultiplier les suffixes ne devient plus possible. Il vaut mieux nommer la voie privée d’un autre nom, plutôt que le choix que la commune avait fait : 48 Ter, maisons A à D.

Toujours est-il que nous, utilisateurs, pouvons entrer dans un cercle vertueux et contribuer à la démarche. Il faut utiliser la Base Adresse Nationale afin qu’elle devienne la seule base de référence. Arrêtons d’avoir chacun sa base dans son coin, les éditeurs de GPS, les agglos, les fournisseurs d’énergie ou de la fibre, les SDIS, les opérateurs privés, la Poste etc. Au fur et à mesure que des erreurs sont détectées pour lesquelles aucune correction n’avait été faite, l’idée est que les réutilisateurs les fassent remonter à la BAN, via la commune pour obtenir une base quasiment parfaite et exhaustive et dont la qualité satisfera les différents utilisateurs qui auront plus de facilité à la mettre en œuvre à leur tour, sur le modèle du Danemark qui possède une base adresse nationale gratuite depuis 2002.

Propos recueillis le 21 octobre 2021

Notes:

1Association des Ingénieurs Territoriaux de France. L’AITF a émis le format Base Adresse Locale, voir ici : https://aitf-sig-topo.github.io/voies-adresses/

Retour